Mise en scène : Valentin Rossier
Jeu :
Mauro Bellucci, François Berthet, Isabelle Bosson, Fanny Brunet, Juan Antonio Crespillo,
Camille Giacobino, Armen Godel, Thierry Jorand, Jacques Maeder, Valentin Rossier, Elodie Weber
Musique, arrangements
Violoncelle : Sarah Mantegani
Violon : Marie Schwab
Assistante à la mise en scène : Michèle Pralong
Décors : Valentin, Rossier, Pierre Mercier
Lumières : Laurent Junod
Costumes : Nathalie Matriciani
« La comédie Figaro Divorce commence quelques temps après Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.
Je me suis autorisé à situer l'action à notre époque, car les problèmes de la révolution et de l'émigration sont primo:
intemporels, et secondo: particulièrement actuels à notre époque. La révolution dont parle cette comédie n'est pas celle de 1789,
mais… simplement toute révolution, car tout bouleversement par la force trouve un dénominateur commun dans ce que nous respectons
ou méprisons dans notre relation à la notion d'humanité.
Dans Le Mariage de Figaro, la Révolution toute proche jette des éclairs précurseurs, dans Figaro Divorce, il n'y
aura probablement pas d'éclairs, car l'humanité ne s'accompagne pas d'orages, elle n'est qu'une faible lumière dans les ténèbres.
Espérons tout de même qu'aucune tempête, quelle que soit sa violence, ne pourra l'éteindre. »
Ödon von Horvath
Le divorce de Figaro fait du bien au théâtre.
Horvath réussit à la Comédie. Salle comble pour pour une belle première. Critique emballée.
(…) Fidèle à son esthétique d'un théâtre élémentaire et frontal (rideaux rouges, jeu face public et coulisse travaillant à vue), Valentin Rossier demande à sa mise en scène de prendre les situations données
au pied de la lettre, de traiter les rapports de force qui les animent à l'instant même où ils surgissent. Nulle interprétation surplombante ici: les comédiens vivent les contradictions de leurs personnages,
leurs révoltes et leurs errances en temps réel, un peu comme Suzanne fait et défait les permanentes de ses clientes.
(…) Il faut une distribution supérieurement homogène pour avance ainsi dans la nuit en se serrant les coudes. Les onze acteurs sont autant de choix juste et indiscutables, dans leur silhouette,
leur tempérament et leur manière de se désaccorder ensemble. (…)
Thierry Mertenat Tribune de Genève, jeudi 8 mai 2003
La saveur du temps arrêtée selon Valentin Rossier
Pour sa première création à la Comédie, Valentin Rossier signe un « Figaro divorce » qui prend le temps de respirer. Déroutant parfois, mais puissant.
Déconcertant, Valentin Rossier. Dans cette façon cinématographique de retenir la voix, le temps. Dans cette manière presque cavalière de dépouiller le théâtre, tel un brigand.
Dans cette obsession de chercher la vérité de l'acteur, celle de l'instant…
(...) Quelque part entre Bardot et Arletty, la jeune Elodie Weber propose une Suzanne bouleversante parce que bouleversée. Elle minaude un peu puis, lorsqu'on s'y attend le moins,
laisse affleurer la tragédie de son destin. Alors les gorges se serrent. Comme elles se serrent en présence de François Berté, dont le comte devient lunaire à force de fragilité.
Valentin Rossier, Figaro parfaitement désabusé, insuffle au reste de la distribution de quoi jouer en liberté. Des gardes-frontières au peuple borné, les Jorand, Maeder, Crespillo,
Bellucci, Godel, Giacobino, Bosson et Brunet donnent instantanément sens et vie aux situations.
(...)
Marie-Pierre Genecand Le Courrier, jeudi 8 mai 2003
Avec Valentin Rossier, Figaro renaît au crépuscule et fait passer à Genève un frisson amoureux.
L'artiste genevois joue les barbiers victimes des révolutions et signe à la Comédie l'un des spectacles les plus envoûtants de cette fin de saison
Le rideau, rien que le rideau, qu'il soit funèbre ou noirceur, dans l'ombre matricielle de préférence. Tout part de là, presque toujours chez Valentin Rossier, 39 ans, de cet habit premier du théâtre, qui est aussi la seule étoffe qui vaille pour le saltimbanque. A la Comédie de Genève, la naissance duu déjà mémorable Figaro divorce du Berlinois d'adoption Ödön von Horvath s'accompagne d'un lever de rideau envoûtant. (...) Tempo mélancolique donc, avec ses lenteurs parfois excessives, ses distances déchirantes, ses leitmotivs musicaux entêtants, ses pulsions festives et son ballet de pendillons sanglants scandant les scènes. Oui, ce Figaro est alors notre contemporain, le cousin lointain d'Alfred de Musset déclinant en 1836 le marasme de son époque dans La Confession d'un enfant du siècle et le frêre ainé de ceux qui aujourd'hui ne se résignent pas à la fin des illusions - sur le champ amoureux, économique et idéologique. (...)
Alexandre Demidoff Le Temps, jeudi 8 mai 2003