Création au THEATRE DE CAROUGE, du 15 janvier au 7 février 2010 (Atelier de Genève - Salle François Simon)
Mise en scène : Valentin Rossier, traduction : André Markowicz
Jeu :
Maurice Aufair Porfiri Sémionovitch Glagoliev, Julia Batinova Alexandra Ivanovna (Sacha), Claude Inga Barbey Anna Pétrovna Voïnitséva,
Vincent Bonillo Sergueï Pavlovitch Voïnitsév, Elodie Bordas Sofia Iégorovna, Marie Druc Maria Éfimovna Grékova, Armen Godel Abram Abramovitch Venguérovitch, Christian Gregori Nikolaï Ivanovitch Triletski, Roberto Molo Ossip,
Guillaume Prin Kirill Porfiriévitch Glagoliev, Valentin Rossier Mikhaïl Vassiliévitch Platonov
Assistanat à la mise en scène : Hinde Kaddour, Elidan Arzoni
Scénographie : Jean-Marc Humm
Lumière : Jonas Bühler
Costumes : Nathalie Matriciani
Enfant maudit d'un siècle révolu, Platonov, séducteur insatisfait découvre quelques coeurs, détruit quelques êtres, piètine les fantômes et endure le pire des maux : vivre avec soi.
Un personnage de théâtre.
Platonov, c’est le personnage d’un roman qui n’existe pas. L’inachèvement et l’incertitude sont inscrits dans son caractère. Rien ne peut le définir absolument. Il erre dans le cœur des femmes, sans pour autant convenir à l’image d’un Don Juan. Il est paresse, abandon, il n’agit pas.
C’est la petite société qui l’entoure, assoiffée de raisons de vivre ou de survivre, qui malgré lui, le rend actif. Son intelligence ne se manifeste que par sursauts.
Et parce que cette intelligence demeure imprévisible et éphémère, elle est souvent destructrice.
Platonov court après sa mort comme la pièce vers sa fin. Il ne choisit pas : Tchekhov non plus.
Tous deux, comme dans un miroir, se renvoient implacablement une forme d’impuissance existentielle ; leur incohérence est source de poésie, leur force réside dans l’inachevé.
C’est cette incohérence qui donne du corps et de la vie aux personnages de Tchekhov.
Platonov, c’est un personnage de théâtre qui s’en veut d’être sur scène sans en connaître la raison.
Valentin Rossier
Les langueurs de Tchekhov dans les ors de Visconti
(...) Comme d'ordinaire chez Valentin Rossier, le trouble est intérieur, profond. Perceptible dans des silences, des mots à peine appuyés, une façon de laisser une phrase traîner. Le public apprécie, heureux de cette complicité. Et heureux aussi que des micros placés au ras de la rampe relaient cette parole sotto voce. Il y a si peu d'éclats, si peu de cris que lorsque, au bout du bout, Sonia (Elodie Bordas) hurle son émoi, on s'étonne que le cri appartienne encore aux possibles humains.
Valentin Rossier a ce talent rare d'imposer ce climat feutré, ce spleen qui est le sien. Ce qui n'empêche pas l'humour. Au contraire, la dérision est même le corollaire de ce constant regard sur soi. Autour du metteur en scène qui compose un Platonov immature et romantique, tout droit sorti d'une pièce de Musset, chaque comédien joue sur la fatuité de ces âmes plus égratignées que blessées. Ils sont parfaits: Claude-Inga Barbey en veuve désabusée, Armen Godel en Juif dansant, Vincent Bonillo en mari trompé noyant son chagrin dans l'hilarité ou encore Guillaume Prin en parvenu arroganT...
Seuls le moujik Ossip (Roberto Molo) et la simple Sacha (Julia Batinova) ont les accents de la sincérité. C'est qu'ils incarnent le monde paysan que ni Tchekhov ni Valentin Rossier ne souhaitent brocarder.
Marie-Pierre Genecand Le Temps, mardi 19 janvier 2010
Carouge sert un cocktail Platonov Valentin Rossier met en scène la plus enivrante des pièces de Tchekhov.
(...) Des intrigues qui, au bout du compte, ne
provoqueront tragiquement que désillusions
et dégoût de soi.
«Je n'arrive pas à me
respecter et pourtant tu m'aimes», dit-il à
sa femme. Parmi toutes celles qui l'entourent,
elle seule (saisissante Claude-Inga
Barbey) est capable de répliquer à l'insolent
Platonov. "Se traîner dans la boue est le
pire des orgueils", s'esclaffera-t-elle une
fois de plus en le voyant meurtri par les
dégâts qu'il a causé.
Mais elle aussi est
amoureuse de ce maître d'école sulfureux
qui fuira jusqu'à la fin ses responsabilités
dans l'alcool, interprété par un Valentin
Rossier magistral de mauvaise foi et de
fausse désinvolture.
Nicola de Marchi Le Courrier, vendredi 21 janvier 2010